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Les médailles des vins ont-elles une valeur?

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Depuis une vingtaine d’année, les concours de vins se multiplient. Du même coup, de plus en plus de bouteilles se parent d’autocollants plus clinquants les uns que les autres. Comment faire pour s’y retrouver dans cette forêt de récompenses ? Quelle est la véritable valeur des médailles ?

Internationaux, nationaux ou régionaux, les concours de vins pullulent. En Suisse, VINEA a senti le vent et saisi la balle au bond. Il y a vingt ans déjà que l’association sierroise a lancé son premier concours, le Mondial du Pinot Noir devenu depuis le Mondial des Pinot. Le Grand Prix du Vin suisse et le Mondial du Merlot et assemblages ont suivi.

Une affaire juteuse pour les organisateurs car les producteurs paient pour chaque échantillon déposé (130 francs pour le premier vin et 110 pour les suivants au Grand Prix du vin suisse) ainsi que pour les macarons qui seront apposés sur les bouteilles (30 francs 500 pièces, puis les prix baissent en fonction de la quantité). Une bonne affaire aussi pour l’encaveur puisque 66% des consommateurs reconnaîtraient la médaille décernée et que, pour plus de 75% d’entre eux, elle représenterait une incitation à l’achat.

300 vins médaillés sur 1000

Mais avec 30% en moyenne de vins médaillés par concours, est-ce vraiment un gage de qualité ? "Oui!" répond Daniel Dufaux, président de l'Union Suisse des Oenologues et directeur de Badoux vins à Aigle. "Les producteurs envoient le haut du panier dans ces concours, le meilleur de leur production. Sur 1000 vins dégustés, on distribue 300 médailles, ça peut sembler de prime abord beaucoup, mais il y a tout de même 700 vins qui n’ont pas été jugés dignes de recevoir une distinction. Et parmi les 300 vins médaillés, seuls une centaine ont droit à une médaille d’Or. On peut donc légitimement penser que les vins distingués sont de bonne qualité."

Du côté des amateurs avertis, on apprécie avec circonspection la valeur des médailles. "Les vins de concours ne sont pas les plus racés. Souvent ils sont opulents, ronds et flatteurs mais manquent de fraîcheur et de buvabilité"déclare Nicolas Reuse, fondateur des Glorieuses, une manifestation qui, sur 4 lundis de mai, présente une sélection des meilleurs vignerons du Valais aux professionnels de la restauration et, cerise sur le gâteau, offre au grand public une rencontre plus festive appelée 5e Glorieuse. Nicolas Reuse relève aussi l’aspect relatif de ces compétitions.

"Le même vin peut obtenir une médaille d’Or à Bruxelles et rien du tout ailleurs. L’ordre de passage et la composition du jury comptent beaucoup. Après une série de vins bodybuildés, un cru tout en élégance et délicatesse aura du mal à tirer son épingle du jeu. De même, les papilles d’Américains ou d’Asiatiques n’apprécieront le vin pas de la même manière qu’un sommelier européen. Et plus encore, un Bordelais peut être déstabilisé par des vins de montagne et des cépages pour lui inconnus comme l’humagne rouge par exemple."

D’autres se moquent un peu de l’impact de ce type de distinction sur le grand public. "Ca m’amuse de voir se ruer tout un chacun sur un cru médaillé avant de s’intéresser à la philosophie de la cave et de juger l’ensemble de sa production", rigole une passionnée tout en soulignant que c’est sans doute la prolifération des concours et leurs kyrielles de médailles qui l’agacent.

José Vouillamoz, ampélologue et co-auteur de l’encyclopédie Wine Grapes, ne mâche pas ses mots :"Dans les concours peu sérieux, c’est plutôt le nivellement par le bas. Une sorte d’école des Fans pour coller des médailles sur les bouteilles de supermarchés." Avant de nuancer, "dans les concours sérieux, comme le Mondial des Pinots ou les Etoiles du Valais, les médailles sont généralement justifiées, mais le consensus résultant de cinq dégustateurs écarte régulièrement des vins à forte personnalité, ce qui me chagrine souvent."

Pour Pierre Thomas, journaliste spécialisé fréquemment sollicité en tant que membre du jury de nombreux concours aux quatre coins du monde, ceux-ci "sont une démarche positive, qui met en valeur les vins qui ont été jugés les meilleurs." Quant à la valeur d'une médaille, "elle dépend de la base de comparaison et de la qualification des jurés. On ne sait pas quels vins participent aux concours et la qualification des jurys n'est pas très transparente non plus, même s'il est possible de faire des recoupements. Plus le concours est sélectif, plus la médaille possède de valeur, par définition."

Soit mais alors comment s’y reconnaître dans cette jungle de concours?

Quel concours est fiable ?

Difficile de faire un hit-parade des concours de vins. "Il y a des concours de très bon niveau et d’autres plus commerciaux" reconnait Daniel Dufaux. Ceux patronnés par l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) sont soumis à des contrôles réguliers. Sur quelques 120 concours dans le monde, une trentaine seulement peuvent se targuer de ce patronage.

Les concours organisés par Vinea bénéficient en outre de la bénédiction de l’Union internationale des œnologues, (UIOE), de l’Union suisse des œnologues (USOE) et sont membres de la Fédération mondiale des Grands concours internationaux de vins et spiritueux (VINOFED). "Une garantie de sérieux et d’expertise", affirme Elisabeth Pasquier, directrice de VINEA. "Avec toutes les sélections régionales (Etoiles du Valais chez nous), la Suisse est certainement le pays où les vins sont le plus dégustés". 

Tandis que Pierre Thomas regrette "que des chapelles se soient formées, privilégiant ici les œnologues techniciens (Vinalies de Paris), là les journalistes hédonistes (Concours Mondial de Bruxelles)."

D’autant que plusieurs producteurs l’affirment: participer à ces concours permet de prendre le pouls du consommateur, de suivre la tendance du marché. Alors les jury élargis seraient plus adéquats car les œnologues ne représenteraient pas le goût moyen du consommateur et auraient tendance à juger selon des critères très techniques, passant parfois à côté d’un vin d’émotion.

Rien ne remplace la dégustation personnelle qui permet d’acheter le vin qu’on aime vraiment et non celui qu’on devrait aimer selon les médailles. N’empêche ces dernières sont tout de même rassurantes lorsqu’on se trouve devant un étal de bouteilles alignées et qu’on n’en connaît aucune.

Tout bénéf pour la cave

Les producteurs choisissent de participer à ces concours mettre en lumière leur travail et parfois augmenter leur prix. Ils sélectionnent la manifestation selon le marché que peut leur ouvrir la médaille espérée. Compte tenu que la Suisse exporte à peine 2% de sa production, inutile de décrocher de l’Or dans une contrée lointaine où il n’y a pas de débouchés.

Cependant, la notoriété des vins suisses passe par ce type d’événements. Ainsi, les Sélections Mondiales des Vins du Canada, malgré les 5700 km qui nous séparent, attirent tout de même nombre de vins suisses car plusieurs campagnes de marketing ont entrouvert les portes de ce marché très fermé.

L’amitié que porte Me Ghislain K-Laflamme, président de SMV Canada, également président de VINOFED, à la Suisse et plus particulièrement au Valais n’est pas étrangère à ce succès.Directeur de Swiss Wine Promotion, Jean-Marc Amez-Droz estime que "la notoriété des vins suisses ne peut s’établir que si l’on a une reconnaissance hors de chez soi. Les concours internationaux nous permettent de juger le regard que les consommateurs étrangers portent sur nos vins."

SWP utilise d’ailleurs ces résultats pour sa promotion. "Sur les foires nationales ou internationales, les vins médaillés sont régulièrement cités et utilisés comme référence pour le bon niveau qualitatif des vins suisses."

 

Plus d'infos

Le dossier complet sur les concours de vins est à découvrir dans le supplément "Terroirs" du Nouvelliste de ce 16 mars